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Mardi 10:30-17:00
Mercredi 10:30-17:00
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Au-Delà des Mondes: Écrire entre les mondes, entre les mères, entre les civilisations
Lorsque j’ai commencé à écrire ce cycle — depuis A System of Wings, puis A System of Feathers, jusqu’à Au-Delà des Mondes — je ne pensais pas construire une œuvre centrée sur les mères, la transmission et les liens invisibles entre les générations. Pourtant, avec le recul, je comprends que ces thèmes étaient déjà là dès le début, cachés derrière les voyages entre les mondes, les alliances étranges, les royaumes sauvages et les systèmes magiques.
Ce roman parle de civilisations, de magie, de politique, de guerre et de technologie. Mais au fond, il parle surtout de relations humaines : celles qui résistent au temps, aux distances et même aux réalités différentes.
L’une des influences les plus importantes dans mon parcours d’écriture vient paradoxalement d’un moment où je doutais profondément de mes capacités. Pendant mes études à la Concordia University, j’ai suivi un cours intitulé Histoire littéraire contemporaine canadienne. Mon niveau de français était encore fragile, mes travaux maladroits, parfois désorganisés. Honnêtement, ils étaient loin d’être excellents.
Mais l’enseignante — une jeune professeure dont je garde un souvenir extrêmement chaleureux — ne m’a jamais humilié. Elle ne m’a pas fermé la porte. Au contraire, elle m’a laissé de l’espace pour chercher ma voix. Grâce à elle, j’ai découvert une certaine tradition humaniste de la littérature canadienne contemporaine, ainsi qu’une sensibilité influencée par les courants féminins et féministes : une manière d’observer le monde non pas uniquement à travers la puissance, mais à travers le soin, la fragilité, les relations, la mémoire et les émotions ordinaires.
Je ne prétends évidemment pas écrire de la « grande littérature ». J’ai aussi été influencé par les romans populaires actuels, par les récits d’aventure rapides, où le lecteur doit être porté par le mouvement, la découverte et la progression constante. Dans Au-Delà des Mondes, j’ai volontairement simplifié certains aspects du worldbuilding afin de préserver la fluidité du récit.
Mais malgré cette volonté de légèreté, il m’était impossible de cacher complètement l’ossature profonde de l’histoire : un monde largement porté par des figures féminines.
Nan’ao gouverne sans brutalité inutile. Ga Lang transmet le savoir comme une force vivante. Chen Xiaoyue influence les civilisations presque invisiblement, sans imposer de lois rigides. Même la naissance de l’enfant au cœur du roman devient un moment de connexion entre générations, entre mondes et entre formes de civilisation.
Dans beaucoup de récits de fantasy ou de science-fiction, le pouvoir est souvent représenté comme domination, conquête ou destruction. Ici, j’avais envie d’explorer autre chose :
la réparation, la transmission, la continuité.
Même les formes de magie dans ce cycle reflètent cette idée. La parole, la répétition, les gestes quotidiens, les liens familiaux deviennent parfois plus importants que la violence ou les batailles. Le monde n’est pas sauvé par un héros solitaire, mais par des personnes qui continuent, malgré la fatigue, à enseigner, protéger, nourrir, écouter et reconstruire.
Peut-être est-ce aussi l’influence de ma propre vie à Montreal, dans ma petite boutique ACCO Photo, où je rencontre chaque jour des étudiants, des immigrants, des familles, des artistes, des travailleurs fatigués, des personnes âgées isolées ou des jeunes encore perdus. Ces rencontres quotidiennes me rappellent constamment que les civilisations ne reposent pas seulement sur les grandes idées, mais aussi sur les petites attentions invisibles.
Au-Delà des Mondes est né quelque part entre toutes ces influences :
la fantasy, les romans populaires contemporains, la littérature humaniste canadienne, les récits familiaux, les souvenirs personnels, et cette étrange impression que les mondes les plus fragiles sont parfois ceux qui méritent le plus d’être protégés.
Je ne sais pas exactement dans quelle catégorie ce livre appartient. Peut-être qu’il se situe simplement entre plusieurs mondes — comme ses personnages eux-mêmes.

