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Il existe des histoires qui naissent d’une idée.


Et d’autres qui semblent attendre depuis longtemps, silencieusement, dans la mémoire.

Maman, où es-tu ? appartient à cette seconde catégorie.

Le roman raconte l’histoire d’Émilie, une femme qui retourne sur les hauts plateaux du nord-ouest chinois pour retrouver sa mère disparue des décennies plus tôt lors d’une expédition scientifique. Ce voyage, au départ presque impossible, devient peu à peu une traversée intérieure : celle de la mémoire, du doute, de la filiation et de la persistance humaine face au silence des montagnes.

Autour d’elle gravitent des géologues, des guides, des pèlerins en route vers le mont Kailash, des chercheurs d’or, des animaux du plateau — yaks, marmottes, antilopes tibétaines, léopards des neiges. Dans cet univers rude et immense, la nature n’est pas seulement un décor : elle devient un personnage vivant, parfois protecteur, parfois indifférent.

Mais au fond, ce livre parle surtout des femmes.

La mère d’Émilie porte en elle quelque chose de ma propre mère.


Elle porte aussi quelque chose d’anciennes camarades de lycée, de femmes croisées dans la vie, de chercheuses, de commerçantes, d’exilées, de mères silencieuses, de femmes fortes qui continuent d’avancer malgré la fatigue, les blessures ou l’effacement.

Aucune d’elles n’a servi de modèle unique.


Elles se sont superposées, transformées, mélangées.

Je crois que beaucoup de personnages naissent ainsi : non pas d’une personne réelle, mais d’une accumulation de présences humaines déposées dans la mémoire.

Pendant l’écriture, j’ai souvent eu l’impression de ne pas inventer entièrement ce livre, mais de marcher à l’intérieur d’un paysage déjà existant quelque part en moi.

Contrairement à d’autres textes plus intérieurs et plus immobiles que j’ai écrits auparavant, celui-ci avançait. Les personnages marchaient, cherchaient, se perdaient, revenaient. Il y avait du vent, de la neige, des véhicules en panne, des campements, des disputes, des moments de découragement et d’autres où l’espoir réapparaissait presque malgré lui.

Mais ce qui m’intéressait le plus n’était pas seulement la recherche d’une personne disparue.

C’était la question suivante :

Que reste-t-il d’une mère dans la vie d’une fille devenue adulte ?


Et peut-on continuer à aimer quelqu’un dont l’absence a duré plus longtemps que la présence ?

Je n’ai pas voulu écrire un roman héroïque.


Je voulais plutôt raconter une fidélité.

Une fidélité imparfaite, épuisée parfois, mais tenace.

Dans le silence des glaciers, les réponses n’arrivent jamais complètement.
Pourtant, les êtres humains continuent de chercher.


Peut-être est-ce cela, au fond, la véritable histoire de ce livre.

Le temps file. Notre travail, c’est d’aider à retenir les instants qui comptent

Certains souvenirs s’effacent, mais entre de bonnes mains, ils retrouvent toujours la lumière. 

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