top of page
DIGITAL_BOOK_COVER.jpg

Les Jardins de Porcelaine : écrire les mondes oubliés

Il existe des histoires qui naissent d’un plan précis, d’une architecture soigneusement construite.
Et puis il existe d’autres histoires, plus étranges, plus lentes, qui semblent remonter depuis la mémoire elle-même.

Les Jardins de Porcelaine appartient à cette seconde catégorie.

Ce livre est né de plusieurs mondes superposés : les récits que ma grand-mère maternelle me racontait lorsque j’étais enfant, les paysages du petit village de montagne où je suis né, et aussi les questions que je continue à porter sur le monde moderne, sur le pouvoir, sur la mémoire et sur la manière dont les civilisations transforment la réalité autour d’elles.

Quand j’étais petit, les histoires circulaient encore naturellement dans les campagnes. Elles ne venaient pas des écrans ni des grandes bibliothèques. Elles voyageaient de bouche à oreille, entre les repas, pendant les soirées d’hiver, dans les cours poussiéreuses, au pied des collines. Certaines parlaient d’esprits, d’animaux étranges, de montagnes vivantes ou de voyageurs capables de traverser des mondes invisibles. D’autres étaient impossibles à classer : ni complètement fantastiques, ni complètement réelles.

Avec le temps, beaucoup de ces récits ont disparu.
Ou peut-être se sont-ils simplement cachés derrière le bruit du monde moderne.

Dans ce roman, j’ai essayé non pas de reconstruire fidèlement ces anciennes légendes, mais de retrouver leur respiration. Leur manière particulière de mélanger le quotidien et l’inexplicable. Dans cet univers, un simple lance-pierres fabriqué avec du bois et du tendon de bœuf peut devenir une arme capable d’ébranler l’espace lui-même. Des royaumes entiers peuvent être pliés dans un bassin de porcelaine. Et derrière les guerres, les géants et les pouvoirs surnaturels, il reste toujours quelque chose de profondément humain : la famille, la solitude, le doute, l’attachement aux lieux où l’on a grandi.

Les « Géants sans visage » présents dans le livre ne viennent pas seulement des récits fantastiques. Ils sont aussi nés de mon observation du monde contemporain. Ils représentent parfois ces puissances impersonnelles qui semblent immenses, invincibles, mais qui ont perdu leur visage, leur responsabilité et peut-être même leur humanité.

Pourtant, malgré les conflits et les dimensions fantastiques du récit, ce livre reste profondément lié à la terre.
Aux villages.
Aux saisons.
Aux objets simples fabriqués à la main.
Aux souvenirs de l’enfance.

Peut-être est-ce pour cela que j’ai finalement remplacé, dans le manuscrit, les bandes de caoutchouc du lance-pierres par des tendons de bœuf assouplis et polis avec de la sève de pêcher. Le détail peut sembler minuscule, mais il changeait quelque chose d’essentiel : le livre retrouvait une texture plus ancienne, plus organique, plus proche du monde intérieur dont il provenait.

Je ne sais pas exactement à quelle catégorie appartient ce roman.
Fantasy rurale ?
Conte philosophique ?
Roman d’apprentissage ?
Peut-être un peu tout cela à la fois.

Mais au fond, Les Jardins de Porcelaine est surtout une exploration : celle des mondes visibles et invisibles qui nous entourent, des frontières entre mémoire et imagination, et de cette étrange sensation que les histoires oubliées continuent parfois à vivre silencieusement en nous.

Peut-être que les mondes miniatures du livre ne sont finalement qu’une autre manière de parler de nos propres souvenirs : fragiles, réduits par le temps, mais encore vivants quelque part, attendant qu’on les regarde de nouveau.

Le temps file. Notre travail, c’est d’aider à retenir les instants qui comptent

Certains souvenirs s’effacent, mais entre de bonnes mains, ils retrouvent toujours la lumière. 

bottom of page