


Encadrement
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Mardi 10:30-17:00
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Samedi Fermé
Dimanche 12:00-17:00
Pertes Consumées: Deux Papillons dans la Poussière
Au départ, je pensais écrire un roman dystopique.
Un monde d’écosystèmes en effondrement.
De paysages artificiels.
De biologies administrées.
De systèmes politiques déguisés en équilibre environnemental.
De structures médiatiques capables de remodeler la mémoire elle-même.
Une société où les institutions n’interdisent plus la réalité — elles la réorganisent simplement.
Tous les ingrédients étaient là.
Et pourtant, quelque part en chemin, le récit a refusé de devenir complètement dystopique.
Les personnages de ce monde ne se sont pas effondrés comme je l’avais imaginé.
Ils se sont adaptés.
Ils ont hésité.
Ils ont aimé maladroitement.
Ils ont construit des familles au cœur de systèmes instables.
Ils ont continué à manger ensemble, à se disputer, à élever des enfants, à cultiver des champignons, à jouer au go, à réparer des structures qui ne faisaient plus totalement sens.
Même les catastrophes sont devenues étrangement domestiques.
Ce qui a émergé est devenu autre chose :
non pas une dystopie,
mais peut-être une anti-dystopie.
Une histoire où le monde ne s’effondre pas dans un grand fracas.
Il mute lentement.
Silencieusement.
Presque administrativement.
Dans cet univers, les déserts sont gérés comme des écosystèmes.
Les marais refusent de disparaître.
Des champignons mystérieux modifient les corps et les perceptions.
Des animaux artificiels remplacent la nature tout en en conservant l’apparence.
Les institutions politiques deviennent des organismes émotionnels.
Les réseaux médiatiques fabriquent la réalité par répétition.
Et quelque part entre la biologie, la mémoire et la technologie, des vies entières commencent à perdre l’origine stable de leur propre histoire.
Au centre du récit se trouve Shura — une femme qui n’avait jamais prévu de devenir importante.
Autour d’elle gravitent des scientifiques, des bureaucrates, des ingénieurs, des enfants, des amants, des opportunistes et des idéalistes fatigués essayant de maintenir une forme de cohérence dans un monde qui n’obéit plus à une logique ordinaire.
Plus le récit avance, moins les personnages affrontent le « mal » au sens classique.
Ils se confrontent plutôt à quelque chose de plus difficile :
des systèmes qui continuent de fonctionner longtemps après avoir perdu leur signification d’origine.
Peu à peu, le roman cesse d’être uniquement une spéculation politique pour devenir quelque chose de plus étrange :
une méditation sur la mémoire,
l’héritage,
la continuité biologique,
les récits sociaux,
et cette possibilité inquiétante que les êtres humains ne soient peut-être pas aussi séparés de leur environnement qu’ils aiment le croire.
Il n’y a ici ni héros parfaits,
ni révolution finale,
ni structure morale claire.
Seulement des êtres humains essayant de rester humains pendant que la réalité elle-même devient négociable.
Et c’est peut-être pour cela que cette histoire finit par ressembler, de façon inattendue, à la vie réelle.
Car le roman n’est jamais totalement arrivé à l’endroit où je pensais le conduire.
Un peu comme moi-même.
Plus j’écrivais, plus le livre échappait à l’architecture que j’avais prévue.
Les personnages changeaient de direction.
Les relations évoluaient au-delà de toute logique.
Le centre émotionnel se déplaçait.
Certaines énigmes devenaient plus profondes au lieu de se résoudre.
Par moments, écrire ce livre ressemblait moins à la construction d’un récit qu’à l’observation d’un écosystème en train de s’organiser lui-même.
Peut-être est-ce finalement cela que cette histoire est devenue :
non pas un avertissement sur le futur,
mais une exploration de la manière dont les êtres humains continuent à vivre au milieu de transformations qu’ils ne comprennent plus entièrement.
Silencieusement.
Imparfaitement.
Parfois absurdement.
Comme deux papillons surgissant d’une poussière dont personne ne croyait qu’elle contenait encore la moindre vie.

