top of page

Les cow-boys, les anciens escorteurs de caravanes et l'odeur de la terre mouillée

  • George Chen
  • 2 days ago
  • 2 min read


Ces derniers jours, plusieurs images venues de l'Alberta et d'autres provinces de l'Ouest canadien ont attiré mon attention.

La pluie avait transformé les terrains de rodéo en véritables mers de boue.

Les bottes s'enfonçaient.

Les chevaux éclaboussaient la terre.

Et pourtant, personne ne semblait vouloir rentrer chez soi.

Au contraire.

On riait.

On applaudissait.

Comme si cette boue faisait naturellement partie de la fête.

En regardant ces images, j'ai soudain pensé aux anciens biaoshi, les escorteurs de caravanes de la Chine traditionnelle.

À première vue, tout semble les opposer aux cow-boys nord-américains.

Les uns protégeaient des caravanes à travers montagnes et déserts.

Les autres conduisaient des troupeaux sur les grandes plaines.

Les uns portaient le sabre.

Les autres le lasso.

Pourtant, j'ai l'impression qu'ils partagent quelque chose d'essentiel.

Ils appartiennent tous deux à une civilisation des frontières.

Leur véritable école n'était ni l'université ni la ville.

C'était la pluie.

Le vent.

La poussière.

Les chevaux.

Les chemins.

Ils ont appris à faire confiance au terrain avant de faire confiance aux discours.

Cette manière d'être ne disparaît pas facilement.

Elle traverse parfois les générations.

C'est exactement ce que je retrouve chez le docteur Qi Aiguo, l'un des personnages de mon roman Nonimportantech.

Issu d'une famille de biaoshi, il est devenu scientifique.

Mais il continue de regarder le monde avec les yeux de ceux qui ont longtemps vécu au contact de la terre.

Lorsqu'il découvre un bâtiment, il observe d'abord les poutres, les matériaux, les assemblages et la structure avant d'admirer la technologie.

Ses mains réfléchissent presque autant que son esprit.

Je retrouve souvent cette même qualité dans les grands romans de l'Ouest américain.

Les cow-boys regardent d'abord le ciel.

Ils sentent la terre.

Ils écoutent le vent.

Ils ne cherchent pas à devenir des héros.

Ils accomplissent simplement ce qui doit être fait.

C'est peut-être pour cela que je ne considère pas Nonimportantech comme un roman de héros.

C'est un roman où des femmes et des hommes ordinaires tentent de rester profondément humains au milieu d'un monde de plus en plus technologique.

À une époque dominée par l'intelligence artificielle, les satellites et les algorithmes, je me demande parfois si nous aurons encore besoin de ces personnes capables de poser une main sur un mur, d'observer la terre ou de sentir l'odeur de la pluie.

En regardant les rodéos boueux de l'Alberta, j'ai eu le sentiment que la réponse était oui.

Car quelles que soient les technologies que nous inventerons, la terre continuera toujours à nous rappeler d'où nous venons.

 
 
 

Comments

Rated 0 out of 5 stars.
No ratings yet

Add a rating

Le temps file. Notre travail, c’est d’aider à retenir les instants qui comptent

Certains souvenirs s’effacent, mais entre de bonnes mains, ils retrouvent toujours la lumière. 

bottom of page