Une professeure de français retraitée, un petit livre et une leçon de typographie
- George Chen
- 21 hours ago
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Il y a quelques semaines, une professeure de français retraitée est entrée dans ma petite boutique à Montréal. Au départ, elle n'était qu'une cliente parmi tant d'autres. Nous avons discuté un peu, comme je le fais souvent avec les personnes qui franchissent la porte du magasin. Puis elle s'est intéressée à l'un de mes livres, une courte novella intitulée La lettre et le silence.
Pour être honnête, j'étais un peu gêné de le lui vendre.
Le livre ne compte que trente-six pages. Comparé aux romans de plusieurs centaines de pages, il paraît presque minuscule. Je me demandais ce qu'une ancienne professeure de français penserait d'un texte rédigé dans une langue qui n'est pas ma langue maternelle.
Elle l'a acheté malgré tout.
Quelque temps plus tard, elle est revenue.
Elle avait terminé le livre.
Ce qui m'a le plus surpris n'est pas qu'elle l'ait lu, mais la manière dont elle en a parlé. Elle n'a pas commencé par corriger ma grammaire. Elle ne m'a pas fait un cours sur les conjugaisons ou le vocabulaire. Au contraire, elle m'a dit qu'elle donnerait une très bonne note à mon français.
Pour quelqu'un qui écrit en français comme langue seconde, c'était déjà un magnifique compliment.
Puis elle m'a fait une remarque.
Elle avait remarqué que certains mots étaient coupés en fin de ligne. Selon elle, lorsqu'il n'y a pas assez d'espace, il est souvent préférable de renvoyer le mot entier à la ligne suivante plutôt que de le couper.
Ce n'était pas une critique du récit.
C'était une remarque sur la typographie et le confort de lecture.
Je lui ai expliqué que le livre avait été mis en page avec Kindle Create et que de nombreuses coupures étaient générées automatiquement par le système de publication d'Amazon. Elle a parfaitement compris et a accepté cette explication.
Sa remarque, cependant, est restée dans mon esprit.
Après notre conversation, j'ai vérifié plusieurs de mes autres livres. À ma surprise, j'ai constaté le même phénomène ailleurs. Pourtant, dans Microsoft Word, la césure automatique était déjà désactivée. Le problème semblait provenir davantage du moteur de mise en page de Kindle que du manuscrit lui-même.
Pendant quelque temps, j'ai envisagé de tout reprendre.
Puis j'ai compris que la question n'était pas linguistique.
Elle était éditoriale.
Il existe une grande différence entre entendre : « Votre français comporte des faiblesses » et entendre : « Votre mise en page pourrait être améliorée ».
La première remarque concerne l'écriture.
La seconde concerne la présentation de l'écriture.
Cette distinction est importante.
Au fil de la discussion, elle m'a également recommandé un film qui lui avait fait penser à mon livre : The Birdcatcher. Le lien n'était pas forcément narratif. Il concernait plutôt le silence, l'identité, les secrets et ce qui demeure inexprimé. J'ai trouvé cette association à la fois subtile et généreuse.
Avant qu'elle ne parte, je lui ai fait une promesse.
Je lui ai dit que je lui offrirais un exemplaire de Nous ne sommes pas dispersés, un roman beaucoup plus long qui développe et approfondit plusieurs thèmes déjà présents dans La lettre et le silence.
Si La lettre et le silence est une graine, alors Nous ne sommes pas dispersés est l'arbre qui en est issu.
La première œuvre compte trente-six pages. La seconde en compte plus de deux cents. Les personnages, les émotions et les interrogations qui n'étaient qu'esquissés dans le premier texte y trouvent davantage d'espace pour se déployer.
Avec le recul, je réalise que notre échange dépassait largement la question de la typographie.
Une professeure de français retraitée a acheté le livre d'un immigrant qui tient une petite boutique de quartier. Elle l'a lu attentivement. Elle a encouragé l'auteur. Elle lui a signalé un détail perfectible. Elle lui a recommandé un film. Et elle a accepté de lire le roman qui a suivi.
À une époque dominée par les algorithmes, les réactions instantanées et le défilement incessant des écrans, ce genre de rencontre devient précieux.
Un bon lecteur ne se contente pas de lire un livre.
Il entre en dialogue avec lui.
Et parfois, ce dialogue continue longtemps après la dernière page.








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