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Deux diplômes de baccalauréat

  • George Chen
  • Jun 26
  • 3 min read

Il y a des journées où ma petite boutique ressemble moins à un commerce qu'à un lieu de rencontres discrètes.


Les gens entrent pour imprimer un document, une photo ou un diplôme.


Ils repartent parfois en laissant derrière eux une histoire.


Ce matin-là, un client que je connais bien est arrivé.


Il parle très peu.


Sa timidité semble l'isoler du monde.


Comme souvent, il s'est installé devant l'ordinateur en libre-service et s'est plongé dans son univers silencieux.


Quelques minutes plus tard, une autre cliente est entrée.


Elle était élégante, souriante, attentive.


Elle souhaitait imprimer plusieurs certificats professionnels afin de les accrocher dans son futur bureau.


En les lisant, j'ai découvert qu'elle était Somatic Sex Educator, Somatic Experiencing Practitioner et Sexological Bodyworker.


Curieusement, ce n'est pas le mot « sexe » qui a retenu mon attention.


C'est le mot « somatique ».


Le corps.


Le corps comme lieu où l'on vit, où l'on ressent, où l'on garde les traces de la mémoire, de la peur, de la confiance et parfois de la guérison.


Pendant que je préparais les cadres, son regard s'est posé sur mes livres.


Elle a pris Nonimportantech entre ses mains.


Elle m'a posé plusieurs questions.


Pourquoi écrire sur des personnes ordinaires ?


Pourquoi raconter ces vies discrètes que personne ne remarque ?


Notre conversation a duré bien plus longtemps que prévu.


Puis elle est repartie.


Je pensais que notre échange s'arrêtait là.


Une heure plus tard, elle est revenue.


Cette fois, avec un autre diplôme.


Un Bachelor of Music obtenu en octobre 2005.


Le format était inhabituel : 11,5 × 15 pouces.


Un cadre sur mesure aurait demandé une dizaine de jours et coûté beaucoup plus cher.


Nous avons essayé une autre idée.


Un simple cadre noir de 12 × 16 pouces.


Une feuille blanche derrière le diplôme.


Soudain, tout était en équilibre.


L'espace vide ne retirait rien au document.


Au contraire.


Il lui donnait de l'air.


En regardant le résultat, je lui ai dit en souriant que j'avais moi aussi un bachelor.


Bachelor of Arts.


Littérature.


Le mien datait de juin 1995.


Elle a éclaté de rire.


Puis elle a simplement montré Nonimportantech du doigt.


Aucun commentaire n'était nécessaire.


J'avais compris.


Il y a plus de vingt ans, nous avions tous les deux reçu un diplôme universitaire.


Elle avait étudié la musique.


J'avais étudié la littérature.


La vie nous avait conduits ailleurs.


En février 2006, je suis arrivé à Montréal.


Au fil des années, la boutique, les clients, les enfants, les responsabilités ont occupé toute la place.


Je croyais parfois que mon diplôme était resté quelque part dans une boîte.


En réalité, il ne m'avait jamais quitté.


Il avait simplement cessé d'être un papier accroché au mur.


Il était devenu ma manière de regarder les autres.


Peut-être est-ce cela, la véritable destination d'une éducation.


Non pas un métier.


Non pas un titre.


Mais une façon d'habiter le monde.


Elle aide aujourd'hui des personnes à retrouver un lien avec leur propre corps.


Moi, j'essaie de redonner une voix à des existences ordinaires.


Nos chemins sont différents.


Pourtant, ils partent peut-être du même endroit :


La conviction que chaque vie mérite d'être écoutée.


Plus les années passent, plus je me dis que ma boutique est aussi un atelier d'encadrement.


Nous n'y encadrons pas seulement des diplômes.


Nous essayons, chaque jour, de donner un cadre à de petits fragments de vie afin que leur beauté discrète puisse enfin apparaître.


Cet après-midi-là, j'ai encadré son diplôme.


Et, sans le savoir, elle m'a montré ce qu'était devenu le mien.


Il s'était transformé en livre.

 
 
 

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Le temps file. Notre travail, c’est d’aider à retenir les instants qui comptent

Certains souvenirs s’effacent, mais entre de bonnes mains, ils retrouvent toujours la lumière. 

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