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Entre un nouveau-né et un nouveau livre

  • George Chen
  • Jun 25
  • 3 min read

Hier, j'avais décidé de fermer la boutique pour la fête nationale du Québec.


Après plusieurs semaines particulièrement chargées, je pensais enfin avoir une journée tranquille. Pas de photos de passeport, pas d'impressions urgentes, pas de bannières à terminer à la dernière minute.


Seulement du temps.


Du temps pour numériser les vieilles photos d'une famille.


Du temps pour transférer les cassettes MiniDV d'une mamma italienne qui souhaitait préserver ses souvenirs.


Du temps pour classer des documents des XVIIIe et XIXe siècles appartenant à une famille de Westmount.


Et surtout, du temps pour attendre la livraison de quelques exemplaires de mon roman, Nonimportantech.


Une journée consacrée à la mémoire.


Ou du moins, c'est ce que je croyais.


Comme souvent, la vie avait d'autres projets.


Dans l'après-midi, une famille est entrée dans la boutique avec un bébé âgé d'un peu plus d'une semaine.


Son père venait du Mexique.


Sa mère du Kirghizistan.


Et ce petit Montréalais venait faire sa toute première photo de passeport canadien.


J'ai toujours trouvé fascinant ce moment où l'on photographie un nouveau-né.


Le monde entier est encore devant lui.


Il ne connaît ni les frontières, ni les langues, ni les différences entre les pays. Il ne sait rien des débats des adultes, des guerres, des économies ou des politiques.


Il est simplement là.


Et pourtant, en regardant ce bébé, je voyais déjà plusieurs continents réunis dans un seul sourire.


Pendant quelques minutes, toute la boutique semblait tourner autour de ce nouveau visage.

Puis le calme est revenu.


Et vers huit heures du soir, le livreur est finalement arrivé.


Cinq exemplaires en anglais.


Cinq exemplaires en français.


Après des années d'écriture, de réécriture, de corrections et de doutes, Nonimportantech existait enfin sous forme de livre.


Le papier choisi est un papier Groundwood, plus écologique.


Le problème de rupture de mots dans la version française n'est malheureusement toujours pas complètement résolu.


Mais malgré ses imperfections, le livre était enfin là.


Je l'ai ouvert doucement.


J'ai tourné les pages.


J'ai senti l'odeur du papier neuf.


Puis j'ai apporté un exemplaire anglais et un exemplaire français à la maison pour mes enfants.


Les autres sont restés sur le comptoir de la boutique.


En attendant.


Aujourd'hui, quelque chose de nouveau a commencé.


Plusieurs clients ont remarqué les livres.


Certains les ont pris dans leurs mains.


D'autres ont lu la quatrième de couverture.


Quelques-uns ont posé des questions.


D'où vient cette histoire ?


Pourquoi l'avoir écrite ?


Est-ce un roman autobiographique ?


Pourquoi existe-t-il en anglais et en français ?


Les discussions ont commencé.


Doucement.


Naturellement.


Comme si le livre avait commencé à vivre sa propre vie.


C'est un moment étrange pour un auteur.


Pendant des années, le manuscrit vous appartient.


Puis un jour, il cesse de vous appartenir complètement.


Il devient un objet que d'autres personnes peuvent toucher, feuilleter, questionner, aimer ou ignorer.


Et c'est exactement ce qui devrait arriver.


En repensant à cette journée, je réalise qu'elle parlait finalement du même sujet du début à la fin.


Les vieilles photos.


Les cassettes MiniDV.


Les documents historiques.


Le nouveau-né.


Le roman.


Tout cela parle du temps.


Certains essaient de préserver le passé.


D'autres viennent tout juste d'arriver dans le futur.


Et quelque part entre les deux, il y a les histoires.


Celles que nous racontons.


Celles que nous écrivons.


Celles que nous transmettons aux autres.


Comme les arbres, les livres ne poussent jamais pour eux-mêmes.


On les plante.


On les nourrit pendant des années.


Puis un jour, ils commencent leur propre voyage.


Et l'auteur ne peut qu'espérer qu'ils trouveront quelques lecteurs en chemin


 
 
 

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Le temps file. Notre travail, c’est d’aider à retenir les instants qui comptent

Certains souvenirs s’effacent, mais entre de bonnes mains, ils retrouvent toujours la lumière. 

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