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L’Utopie du Rendez-vous : Quand l’ordre devient une cage

  • George Chen
  • May 12
  • 2 min read

Dans ma petite boutique d’impression à Montréal, je passe mes journées à organiser des images, des cadres et des mots. Mais récemment, une idée m’a hanté : et si l’organisation devenait notre seule prison ? Imaginez un monde où tout, absolument tout, serait soumis à un système de réservation obligatoire.

Un monde sous "Slot"

Dans cette dystopie que je commence à esquisser pour mes futurs récits, la liberté n'est plus qu'une question d'agenda. Ce ne serait plus seulement pour voir un médecin ou renouveler son passeport canadien qu’il faudrait prendre rendez-vous. Non, ce serait pour les gestes les plus triviaux de l’existence.

Imaginez devoir réserver votre "créneau" pour aller acheter des légumes au marché. Imaginez une notification sur votre téléphone vous interdisant l'accès au parc parce que le quota de "marcheurs" est atteint. Plus absurde encore : imaginez devoir scanner votre puce biologique pour déverrouiller la porte de vos propres toilettes, parce que votre "temps d'élimination" n'a pas été pré-approuvé par le système.

L'efficacité contre l'humanité

Nous vivons déjà dans une ère où les algorithmes créent pour nous des "utopies individuelles". Ils filtrent ce que nous voyons, ce que nous aimons, nous enfermant dans une bulle de confort numérique. Le passage à un système de réservation total n'est que l'étape suivante : la gestion algorithmique de notre temps physique.

Pour un écrivain né en Chine continentale et vivant aujourd'hui au Québec, cette notion de contrôle prend une dimension particulière. Pour ma génération, la dystopie évoquait la surveillance et la peur ; pour la nouvelle génération, c’est presque une esthétique. Mais la réalité du contrôle, elle, reste la même : elle tue l'imprévisible, elle tue la spontanéité.

La résistance par le "Vrai Papier"

Ici, chez ACCO PHOTO, je vois passer des gens qui ne sont pas des "slots" dans un calendrier. Je vois un homme découragé à qui j'offre une impression, ou une jeune fille qui découvre le mot "Dystopie" en feuilletant un livre artisanal. Ces moments ne se réservent pas. Ils arrivent, tout simplement.

C'est peut-être pour cela que je continue d'écrire des œuvres comme Les Braises du Rêve ou mon nouveau projet A System of Inks. Dans un monde qui veut tout planifier, l'écriture sur du vrai papier reste l'un des derniers espaces de liberté pure, une zone où aucun rendez-vous n'est requis pour rêver.

La prochaine fois que vous viendrez à la boutique pour une photo de passeport ou un cadre sur mesure, rappelez-vous : le chaos de la vie est parfois bien plus précieux que la perfection d'un agenda.

George Chen

Propriétaire d'ACCO PHOTO & Auteur

 
 
 

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Le temps file. Notre travail, c’est d’aider à retenir les instants qui comptent

Certains souvenirs s’effacent, mais entre de bonnes mains, ils retrouvent toujours la lumière. 

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