top of page

Un harmonica pour sauver des souvenirs

  • George Chen
  • Jul 14
  • 2 min read

La semaine dernière, une élégante cliente italienne est revenue avec les MiniDV no 15, 16 et 17.


En déposant les cassettes sur le comptoir, elle m'a expliqué qu'elle passait beaucoup de temps auprès de sa mère.


« Elle est très âgée maintenant. »


Je lui ai répondu avec un sourire :


« Nous vieillirons tous un jour. »


Puis son visage s'est éclairé.


Sa fille allait bientôt venir passer quelque temps chez elle. Nous avons alors parlé de nos enfants, de ces générations qui se croisent, s'éloignent parfois, puis reviennent partager quelques jours, quelques repas, quelques souvenirs.


Au milieu de notre conversation, elle a aperçu mon roman, Nonimportantech.


« J'adore lire », m'a-t-elle dit. « J'aimerais l'acheter. »


Mais elle venait de dépenser tout l'argent qu'elle avait sur elle pour le transfert de ses trois premières MiniDV.


Je lui ai simplement répondu :


« Emportez-le. Vous me paierez la prochaine fois. »


Dans un petit commerce de quartier, il arrive que la confiance précède le paiement.


Hier, j'ai commencé à numériser ses cassettes.


C'est alors que j'ai découvert que l'une d'elles était cassée : la bande magnétique s'était rompue à l'intérieur.


Le problème, c'est que cette cassette MiniDV semblait avoir été moulée d'un seul bloc. Aucun tournevis ne pouvait l'ouvrir, puisqu'aucune vis n'était visible.


Je l'ai observée quelques instants, sans trop savoir quoi faire.


Puis une idée un peu étrange m'est venue.


J'ai porté la cassette à mes lèvres et j'ai soufflé doucement dans une ouverture, comme si je jouais de l'harmonica.


À ma grande surprise, l'une des extrémités de la bande est apparue de l'autre côté.

J'ai soufflé dans l'autre sens.


L'autre extrémité est sortie à son tour.


Annie et moi avons alors pu réunir délicatement les deux morceaux, remonter la bande et terminer la numérisation avec succès.


Les souvenirs étaient sauvés.


En y repensant, je me suis dit que la vie est parfois pleine d'humour.


On apprend une foule de choses sans savoir à quoi elles serviront un jour.


Et puis, des années plus tard, une vieille cassette attend qu'un ancien joueur d'harmonica passe par là.


Au fond, rien n'est vraiment inutile.


Même les talents que l'on croyait oubliés peuvent, un jour, aider à préserver les souvenirs de quelqu'un d'autre.

 
 
 

Comments

Rated 0 out of 5 stars.
No ratings yet

Add a rating

Le temps file. Notre travail, c’est d’aider à retenir les instants qui comptent

Certains souvenirs s’effacent, mais entre de bonnes mains, ils retrouvent toujours la lumière. 

bottom of page