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Une odeur de moisi et un "Bon courage"

  • George Chen
  • May 11
  • 2 min read

Parfois, la vie s’invite dans ma petite boutique sous une forme inattendue. Ce n’est pas toujours par de grands discours, mais par des détails sensoriels qui en disent long sur l’état d’une âme.

Ce matin, un jeune homme est entré. Il était beau, d'une beauté que la fatigue n'arrivait pas tout à fait à effacer. Mais ce qui m’a frappé en premier, ce n'était pas son visage, c'était son odeur : une odeur de moisi, persistante, celle des vêtements qui n’ont pas séché ou des chambres que l’on ne quitte plus.

Il avait des documents à imprimer et à photocopier. Il s’est installé dans un coin et y est resté longtemps, très longtemps. Il semblait vidé, comme si le simple fait d'être là lui demandait un effort surhumain. À un moment, j'ai remarqué qu'il avait laissé son téléphone sur un comptoir assez loin de lui.

— « Gardez votre téléphone près de vous », lui ai-je suggéré doucement.

Il a balayé l'air d'un geste de la main, un geste d'impatience, presque de mépris pour cet objet qui nous enchaîne tous d'habitude. À cet instant, j’ai compris que son monde était ailleurs, ou peut-être nulle part.

Lorsqu'il a enfin retrouvé un peu d'énergie pour partir, il s'est approché pour régler sa note. Le montant était dérisoire, moins de dix dollars. Il cherchait son argent avec une hésitation qui me serrait le cœur.

— « Laissez faire, lui ai-je dit. C’est un cadeau. »

Il m’a regardé, surpris.

— « Bon courage, tout va être bien. »

Ces quelques mots, je les ai lancés comme une petite bouée dans un océan de grisaille. Il est parti avec ses feuilles sous le bras.

Dans mon travail d’écrivain, je cherche souvent la structure des "systèmes" — qu'ils soient de plumes ou d'encres. Mais ici, dans la réalité brute de ma boutique, il n’y a pas de système. Il n’y a que l’imprévisible humanité.

Nous vivons une époque où les algorithmes nous créent des utopies individuelles, lisses et inodores. Mais la vraie vie, elle, a parfois cette odeur de moisi, cette fatigue pesante. Et face à cela, aucun écran ne peut remplacer le contact d'une main qui offre, ou le son d'une voix qui dit que demain sera peut-être plus léger.

C’était juste une petite matinée à Montréal, mais elle me rappelle pourquoi je continue d’imprimer sur du papier : pour toucher, ne serait-ce qu'un instant, la réalité des autres.


 
 
 

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Le temps file. Notre travail, c’est d’aider à retenir les instants qui comptent

Certains souvenirs s’effacent, mais entre de bonnes mains, ils retrouvent toujours la lumière. 

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